D'où viennent les instrumentistes Tambour ? (extrait du Bulletin n° 124, page 13, mai-juin 2012, de l'École Française du Tambour)
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Cette question existentielle, si elle s'écarte de nos sujets techniques habituels, mérite cependant d'être abordée. Elle est traitée ici à travers une expérience toute personnelle. cours, leçons
Les idées reçues associent généralement "Tambour" et "Batterie-Fanfare". Et pourtant, en observant autour de nous, en assistant à des Festivals, des Concerts, des manifestations populaires de rue (Corsos, Fêtes de village, de conscrits, etc. ), nous constatons pratiquement à chaque fois que cette hypothèse n'est pas vérifiable.
Dans notre région (plus ou moins les Monts du Lyonnais, autour de la petite ville de Tarare), on voit des Tambours il est vrai dans les Batteries-Fanfares, mais elles n'en ont pas toujours, et puis elles sont relativement peu nombreuses à pouvoir se présenter en public. On trouve des Tambours surtout dans les Fanfares, Harmonies, autres ensembles instrumentaux, le plus souvent avec des Clairons, parfois aussi des Cors (mi bémol, bien sûr), beaucoup plus rarement des Trompettes dites "de cavalerie". Il y a fréquemment quatre à six Tambours par Société ou groupe musical.
Pour avoir des éléments concrets, je me suis modestement retourné sur mes 35 années de cours de Tambour, sur 37 possibles depuis l'année scolaire 1975-1976, et où tout a été heureusement consigné. Ce sont tout de même 123 élèves qui ont bénéficié (du moins je l'espère !) de mon enseignement. Pour figurer ici il faut avoir suivi des cours réguliers, hebdomadaires ou bi-mensuels, voire exceptionnellement mensuels pour les quelques-uns plus éloignés, et cela sur au moins une année scolaire. Cet historique a permis d'établir des statistiques, dont certaines sont présentées ci-dessous.
A quatre exceptions près, ces élèves sont tous issus des deux départements de la Loire (42) et du Rhône (69), très majoritairement dans un rayon d'une quarantaine de kilomètres autour du village de Chirassimont. Il ne s'agit donc pas de sujets choisis ou sélectionnés, mais bien d'une adéquation avec un bassin de population, très majoritairement rurale, de quelques dizaines de milliers d'habitants.
Ils viennent de 23 Sociétés ou groupes musicaux : 8 Batteries-Fanfares, 10 Harmonies, 5 autres ensembles instrumentaux. On compte 27 élèves féminines (22%), et donc 96 masculins (78%).
J'ai classé le cursus en cinq niveaux, afin de constituer et organiser des données intéressantes à traiter, soit :
Débutants
1° cycle
2° cycle
3° cycle
Cycle Plus (ce dernier niveau étant celui d'une plus haute récompense, fin de cursus des Confédérations musicales).
L'identification à un cycle signifie que l'élève en a acquis, sinon tous, tout au moins la majeure partie des éléments correspondants, et de toutes façons ceux qui sont représentatifs et essentiels.
Selon ces critères, à ce jour :
23 élèves (19%) sont restés Débutants (5 féminines et 18 masculins)
61 (49,5%) ont acquis un 1° cycle (14 féminines et 47 masculins)
21 (17%) un 2° cycle (6 féminines et 15 masculins)
10 (8%) un 3° cycle (1 féminine et 9 masculins)
8 (6,5%) le Cycle Plus (1 féminine et 7 masculins), dont 4 l'ayant effectivement confirmé (1 Prix National Fscf et 3 Prix Nationaux Cfbf).
Cette pyramide de niveaux semble correspondre assez bien à ce que l'on peut constater par ailleurs, et aussi dans d'autres instruments.

J'ai démarré 83 élèves Débutants, dont 21 féminines.
11 ont commencé à l'âge de 7 à 9 ans
40 : de 10 à 11 ans
17 : de 12 à 13 ans
8 : de 14 à 15 ans
2 : de 18 à 20 ans
3 : à environ 30 ans
2 : à environ 55 ans
Pour 6 d'entre eux, le Tambour était un deuxième instrument.
Les 40 autres élèves pratiquaient déjà le Tambour, avec plus ou moins de compétences, parfois mêlées des inévitables "mauvais plis", en équivalent 1°, 2° ou 3° cycle. Ils ont rejoint mes cours entre l'âge de 12 ans et celui de 60 ans.
Les 123 ont travaillé avec moi en moyenne près de 3 ans, soit de 1 an à un maximum de 11 années.
Il y a eu entre 1 et 20 élèves simultanément par année. Ils sont 9 en 2011-2012.
Si l'on met à part la Société de Chirassimont, premièrement parce qu'elle représente à elle seule avec 34 élèves, 28% du total, et deuxièmement parce que cette rare Formation E est reconnue comme étant une Batterie-Fanfare seulement à la Confédération Musicale de France et à l'Union des Fanfares de France, il reste donc 89 autres élèves :
31 (25% du total) proviennent d'une Batterie-Fanfare "classique"
35 (28% du total) d'une Harmonie
23 (19% du total) d'autres ensembles instrumentaux.
Ces statistiques viennent complètement étayer les impressions mentionnées au début de cet article.
Et pour enfoncer un peu plus le clou, parmi les 18 élèves ayant à ce jour étudié le 3° cycle ou le Cycle Plus, seuls 4 sont issus d'une Batterie-Fanfare "classique", 5 de la Société du petit village de Chirassimont, et 9 d'une Harmonie ou d'un autre ensemble instrumental.
49 élèves (40%), dont 9 féminines, pratiquent encore le Tambour, à des niveaux divers, et à une fréquence plus ou moins soutenue. Parmi eux, 16 (33%) sont dans une Batterie-Fanfare "classique", 5 (10%) à Chirassimont, 28 (57%) dans une Harmonie ou un autre ensemble.
Ces chiffres vont bien sûr continuer à évoluer dans les années qui viennent, avec les élèves actuels, et sans doute l'arrivée de nouveaux.
On constate une grande diversité des élèves, âge de démarrage, âge courant, provenance, environnement et parcours musicaux, buts recherchés, ce qui conduit inévitablement à adapter l'enseignement, d'une façon pragmatique, afin de parvenir à tirer le meilleur de chacun. Une unique manière de transmettre ne saurait être de mise. Un ouvrage méthodique, au contenu large et ordonné, constitue un outil précieux. Le Professeur se doit toujours d'être humble, observateur, à l'écoute, loin d'une facilité entretenue par des certitudes ou des théories censées admises par tous.
Cet article, certes rébarbatif lors de la première lecture, peut servir de base de réflexion. Il émane de mon seul "pôle d'enseignement", dans un secteur géographique restreint. Il ne se prétend donc pas être une base d'élargissement ou de généralisation. Cependant, il démontre que les idées reçues mentionnées plus haut ne doivent pas non plus, et cela même si elles s'avéraient vérifiées par des données aussi rigoureuses que celles de cette étude, être retenues comme vérité universelle.

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